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Ce détour à Palenque pour saluer Pacal le grand sur son vaisseau interplanétaire m’a détourné de mon chemin initial. Mes feuilles de route ne sont pas des consignes à respecter coûte que coûte. Il a un point d’arrivée et un de retour, entre les deux c’est un peu selon. La seule obligation : me rendre à Cancun à la bonne date et reprendre l’astronef intercontinental. Sur le carte depuis Tikal je pouvais me poser la question de repasser par le Belize ou non, de Palenque ce n’était plus la peine, je bifurque sur Campeche, plus court, pas de douane, pas de taxe. Restait la crainte de trouver de la place dans les transports et les logements car nous sommes en pleine semaine sainte. Je l’ai noté en orange sur mon calendrier. La Passion du Christ, ce n’est pas parce-que je ne suis plus chrétien que j’ai tout oublié, risque de me gêner dans mes déplacements si les bus et hôtels sont complets. Au moment du plus grand chassé-croisé sur les routes l’Amérique latine mon parcours risque de se transformer en chemin de croix. Miracle des sièges étaient encore disponibles pour les trajets mais plus qu’une chambre disponible sur booking, hors budget, je n’ai pas le choix. C’est donc rassuré que j’embarque dans le vaisseau ADO (Autobus De l’Orient) pour quitter Pacal le grand.

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Les petits villages 

Je passe 6 heures dans le bus, toujours ce plaisir de voir défiler la route dans les campagnes. Les petits villages traversés au ralenti, les pâturages ou pâture le bétail, normal. Au début du trajet j’ai aussi remarqué des plantations de palmier pour l’huile, ma nièce très attentive à ceci m’a expliqué qu’il valait mieux ne pas en consommer. La pause repas de 20 minutes dans un restaurant me laisse le temps d’avaler deux tacos, y a-t-il de l’huile de palme ?
Je suis posé à Campeche avant la nuit et j’ai le temps de me changer avant le diner qui sera le premier contact avec cette ville qu’il vaut le détour selon les guides. Mon hôtel le « Ah-Kim-Pech » est bien situé dans le centre historique à l’intérieur des murs, à deux blocs du parc central. Lisez à voix haute, dans Kim-Pech nous entendons bien cam pech, c’était le nom du village maya ou en 1517 une expédition espagnole venue de Cuba a mis pied à terre pour faire de l’eau. Le nom Maya s’est transmis à la ville espagnole, puis est passé au bois de Campeche car cette essence précieuse partait d’ici vers l’Europe.

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Là ou il y a du commerce il y a de l’économie donc de l’argent. Les échanges ne se faisaient pas numériquement mais avec de vraies pièces d’or et d’argent. Alors cela faisait de beaux magots planqués dans les coffres des marchands et des bourgeois. Campeche, Vera Cruz, La Havane, Panama, Carthagène toutes ces possessions de la couronne d’Espagne furent les proies des brigands de la mer : les pirates. Ce n’étaient pas des terroristes, seul l’argent et l’aventure motivaient ces gibiers de potence. Les pirates avec leurs légendes de trésors font encore recette aujourd’hui dans les librairies, le cinéma ou le tourisme comme ici. Rackham le rouge, le capitaine Jack Sparrow interprété par Johnny Depp quel garçon n’a pas un jour hisser le pavillon noire et hurler « à l’abordage » dans une cour de récréation.
Campeche se souvient particulièrement d’un drôle de lascar, le pirate Lorencillo. Un hollandais né en 1683. De corsaires des mers du nord il devient canonnier dans l’armada espagnol aux caraïbes. Capturé par des flibustiers il épouse leurs idéaux et se retourne contre ses anciens maîtres. Avec un autre flibustier français Michel de Gramont ils pillent la ville de Campeche en 1685. Après ces exploits contre les espagnols Louis XIV le naturalise Français et le nomme lieutenant du roi à Saint Domingue ou il y mourra en 1704. Bandits en Espagne, héros en France, l’appellation dépend du coté de la frontière. La mer des Caraïbes serait-elle aussi belle sans cette histoire de la flibuste ?

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La terreur de Campeche : Lorencillo,                  Lui, n'est pas pirate, prof en retraite

Les pirates ont vraiment donné du fil à retordre à la couronne d’Espagne pendant des décennies, de 1630 vers 1690. Les gouverneurs ont bâti des fortifications pour se protéger, les religieux édifièrent des églises. Campeche est une des rares villes mexicaine qui ait gardé des morceaux de ces fortifications. Par contre les églises sont restées un peu partout. Elles n’étaient pas bien hautes ces fortifs mais suffisantes au XVII siècles. La rue 59 qui passe au coin de mon hôtel relie les deux anciennes portes d’entrée, celle dite de la mer et son opposé de la terre. Les bastides sont maintenant transformées en petit musée, je dois le dire sans grand intérêt à part le fort San Miguel, hors de la ville, avec son couloir d’entrée en zigzag contre les projectiles qui ne se déplacent qu’en ligne droite. J’y suis venue pour une tombe Maya reconstituée à l’intérieur.

 

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Miracle ? j'y crois pas                                                  Classé au patrimoine mondial ? 

Malgré sa notoriété de patrimoine de l’Unesco, Campeche n’a pris la grosse tête. Des habitants y vivent normalement comme dans ailleurs avec, il me parait, plus de tranquillité. Le marché comme tous les marchés est « animé et coloré » et je rajoute parfumé à cette expression « guide du routard ». J’y ai mangé de succulents fruits de mer en bonne compagnie, celle de gens ordinaires. A l’intérieur des murs, l’architecture est simple, nous sommes en présence du style coloniale militaire et baroque. Les rues parallèles et perpendiculaires dessinent un damier régulier. Les maisons se ressemblent pour la plupart. Elles bordent des rues étroites et pavées. Leurs ouvertures sont grandes, souvent avec un seul étage et une terrasse plate en guise de toit. Les trottoirs sont hauts et étroits. Mais le plus de Campeche qui justifie le détour sont ces couleurs.
La perspective des façades pastelles sous cette lumière ardente est inhabituelle dans ce pays qui porte habituellement des couleurs vives. Frida Kahlo et le grand Diego Rivera n’auraient pas peint ceci. Dois-je en déduire que ces teintes douces expliquent la sérénité de la ville ?
Sous cette chaleur, moi je regarde ces rues comme la vitrine du marchand de glaces avec toutes les bonnes saveurs pistache, vanille, coco. 

21 pesos les deux boules. 

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