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« Nous venons d’atterrir à Minsk……….» l’hôtesse.

Le Sukhoi roule sur la piste et débarque ses passagers dans le hall national, je récupère mon bagage et je rentre en république du Bélarus sans contrôle douanier donc sans le tampon d’entrée.  

Inquiétant ? Un peu.

Je n’ai pas compris les recommandations sur le site de l’ambassade Bélarus. Les conditions d’entrée ont été modifiées, la frontière avec la Russie est fermée pour les étrangers. En réalité cette frontière est transformée en mini Schengen réservée aux citoyens russes et bélarusse. Les autres doivent passer par un autre pays. Chaque règle a ses exceptions, un français peut arriver en avion depuis Moscou s’il est détendeur d’un visa ; il devra alors se faire enregistrer au service immigration. C’est mon cas, par acquis de conscience je demande à un policier en uniforme s’il existe un bureau d’immigration dans cette partie de l’aéroport. Je lui tends mon passeport, lui explique que je viens d’arriver de Moscou sans tampon.
« You, illégal »

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Et alors ?

Dois-je tendre les mains pour les menottes. Nous n’étions que deux étrangers dans ce vol, un français et un chinois qui comme moi se pose la question de sa légalité. Il nous explique, en un anglais très approximatif que nous devons nous rendre au deuxième étage au bureau de police.

J’ai des papiers, je suis blanc, deux cartes visas sur moi, un billet pour sortir du pays, une assurance internationale et me voilà «clandestino», comme la chanson de Manu Chao que j’ai souvent fredonné dans mes ballades sud-américaines.

Cela fait réfléchir.

Avec mon compagnon d’infortune nous nous retrouvons dans le bureau d’une policière blonde, pistolet à la ceinture, queue de cheval à travers la casquette, on se croirait à une émission de téléréalité. Elle cherche mon visa dans le passeport et tombe sur celui de 2012, me montre la date. Je suis arrivé 200 ans en retard à la retraite de Russie, au bicentenaire. Je n’ose pas la blague « Napoléon n’avait pas de visa ». Elle découvre le dernier visa et ausculte à la loupe les laisser-passer russe et bélarusse. Elle me rassure, je suis en règle et m’enregistrer tous les 5 jours dans les hôtels de passage.

 

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L'art soviet c'est du lourd

Géographiquement en Europe cette ancienne république CCCP regarde vers Moscou et tourne le dos à Bruxelles. Lénine a encore sa place ici, on le croise souvent.

Mis à part le quartier Trinity Hill, un petit village de maisons au gazon bien entretenu au milieu de Minsk, dans cette ville austère les avenues réunissent entre elles de vastes places carrés bordés de bâtiments à géométrie symétrique et rectiligne.

Leurs concepteurs ne les dessinèrent qu’avec des règles et équerres, il ne devait pas connaitre le compas.

L’art soviet habille la ville, il rappelle le passé et les relations amicales avec le kremlin. Cet art utilisa la faucille et le marteau comme outil de propagande pour hisser aux firmaments les ouvriers et paysans. Les images pieuses du communisme n’ont pas chassé celle des curés, il a beaucoup d’églises. Le travail pour la glorieuse patrie en est un thème majeur du communisme. Ces représentations naïves du même cru que l’art populaire m’amuse, c’est du lourd.

 

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Les usines, temples du prolétariat font la renommée des villes. A Minsk j’en connais deux les motos et les tracteurs. La première continue à fabriquer des motos avec un moteur chinois. Seule une petite partie des anciens bâtiments est encore en activité derrière un mur de plus d’un kilomètre de long. On voit le déclin dans la rue ou je n’ai vu qu’une seule Minsk alors des dizaines d’Harley-Davidson construite au Wisconsin défilent sur les avenues en faisant plus de bruit qu’un char russe.

La silhouette de la «zavod» Bélarus ( zavod = usine en russe) reprend la perspective des bâtiments de la porte de Minsk face à la gare de chemin de fer. Cette marque prétend produire 1/10 des tracteurs qui labourent la planète, cela me parait beaucoup on en voit peu dans les champs de Meuse au Wisconsin. Ah ! Les pays amis du régime qui les utilisent, Viêt-Nam, Cambodge, Nicaragua et tous les anciens CCCP.

Mais qui s’intéresse à la production mondiale de tracteurs lorsqu’il part en voyage ? C’est une belle usine avec son entrée bordée de deux tours de guets surmontées de petite tourelle qui ne sont pas des miradors, on n’est pas en prison à l’usine.  

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Environ 17 000 employés passent ici tous les matins et les soirs. Je me suis fait remarquer par un jeune homme à l’allure d’un cadre. Il me questionne sur ma curiosité pour finalement me fait entrer pour je puisse photographier la gamme de tracteur exhibée dans la cour sous l’œil amusé des agents de sécurité. 

 C’est une autre curiosité dans une autre usine qui m’a attiré à Oktjabrskaja street, le correcteur d’orthographe va buger avec ce mot imprononçable par un frantsuzskiy. Pour interroger les passants sur mon chemin je l’ai fait écrire en russe sur mon carnet de route.  Un mur de l’usine Mzor dévoile une fresque de 3456m2 réalisé par le brésilien Ramon Martins en 2017.  Y figure des animaux en voie de disparition, je ne comprends pas pourquoi ce coq ? Un gallinacé très rare sans doute vu sa couleur.

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C’est un quartier en reconversion modèle bobo, la jeunesse qui n’a pas connu l’époque d’avant reconstruisent leur nouveau monde dans des anciens ateliers.

 Je reste dans l’art et les usines et ce ne sera pas du street-art cette désignation n’existait pas alors. Frédéric, un français qui dormait à la même auberge que moi m’époustoufla lorsque qu’il me montra son trophée de chasse. Il traque l’art soviétique en Europe et particulièrement les grandes mosaïques murales. Au passage, c’est surtout pour rencontrer des types comme lui, et Laurent l’autre parisien, que je ne vais pas m’enfermer tout seul dans un airbnb. Fréderic m’exhibe un portrait de Lénine que je pourrais mettre chez moi tellement il est différent du Lénine bolchévik. Il se cache dans une usine de textile enfouie entre des HLM. Vladimir, c’est son prénom, l’air coquin, la casquette de travers, le sourire d’après une bonne rasade de Volka salue de la main les prolétaires. Les matins après l’entrée et avant les vestiaires, le soir après les vestiaires et avant la sortie.

Les gardiens m’ont laissé passer dans la petite cour.

Ont-ils deviné que ce drôle de français fût aussi un ouvrier d’usine ?  

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Et dans la galerie flick : 

Minsk Biélorussie

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