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8 étage du River View Guest house au bord du fleuve Chao Phraya, 17 heures, confortablement calés sur des coussins les voyageurs se détendent au dessus de la ville. La musique est trop forte, dommage. C’est sans doute pour recouvrir le bourdonnement qui monte de la river. Les bateaux qui accostent à coté font un boucan d’enfer. Dans deux heures les prières sacrées du temple enclavé entre le parking et l’hôtel berceront les touristes pendant leurs diners. On se croirait dans l’atmosphère d’une nouvelle de Somerset Maugham, en sachant rêver. Les « farangs » (surnom des blancs ) ne sont plus les patrons mais quand même, ici, ils se la coulent douce pendant que dans les rues de Bangkok des millions de personnes s’activent rudement et survivent entassés dans des bicoques.

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Les voyageurs se détendent au dessus de Bangkok.


En arrivant au river view guest house je me suis retrouvé dans un quartier de ferrailleurs automobiles. Toutes les ruelles, cours intérieurs et même les trottoirs sont encombrés de pièces autos démontés. De la graisse et de l’huile moteurs suintent sur la chaussée, une patinoire les jours de pluies. Leurs activités se composent essentiellement du trie des métaux pour ce qui est définitivement hors d’usage et de réparations sur ce qui peut encore être sauvés. Toutefois nous sommes sur un autre continent si l’on compare à l’Afrique ou L’Amérique du Sud, le parc automobile de Thaïlande est bien meilleur. Par conséquent, l’essentiel est le recyclage des métaux. A même la rue, comme d’ailleurs tout l’artisanat local, les ouvriers dissèquent les organes d’une bagnole. Les picks ups apportent la matière première et repartent avec des métaux triés, rangés et pesés. C’est méthodique, du travail à la chaine, en plein dans l’industrie automobile. Je me suis posé la question de cette industrie automobile ici. Elle roule pas mal, entre 10 et 15 % du PIB, presque autant que le tourisme et place la Thaïlande en 12eme position des constructeurs. 18 marques produisent environ deux millions de bagnoles par an. Un moteur est en offrande aux esprits mécanos en les priant de mettre de l’huile dans les engrenages spirituels aux profits des affaires bien terrestres des ces artisans du cambouis.

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Engrenage des esprits,                                      comptabilité terrestre 


Bangkok, voyons ? 20 ans peut-être que je n’y ai pas posé mon sac. Je ne la trouve pas trop changée, elle semble s’être élargie plutôt que d’avoir poussé en hauteur. Malgré ces immeubles en constructions la ville me parait encore basse, je l’imaginais plus ambitieuse. Ma vision est peut-être trompée par le cumul de mes balades urbaines dans de nombreux pays. Donc j’ai voulu vérifier en prenant de la hauteur. La tour Baiyoke, 320 m, inaugurée en 1997 a aussi été construite pour ceci. Du 84eme étage on domine la ville et s’est flagrant, Il existe bien parsemé dans l’immense territoire de Bangkok qui s’étend à perte de vue beaucoup de forêts d’immeubles grandes hauteurs. Entre ces géants, on devine les petits quartiers, comme la mousse entre les pierres. Dans 50 ans en restera t-il encore ? Ce qui est bien visible depuis là-haut ce sont ces autoroutes urbaines qui tatouent la ville de courbes s’enchevêtrant entres elles.

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Redescendu sur le trottoir, à seulement deux mètres au dessus du niveau de la mer, je reprends ma place de fourmi. Ce n’est plus la même impression, on se sent minus au milieu de tout ce béton. Les voies de circulations superposées déferlent dans les canyons d’immeubles. Le sous sol marécageux et les inondations fréquentes compliquent les travaux souterrains. Les scientifiques les moins alarmistes ne sont pas optimistes au sujet de Bangkok, ils l’ont classée dans les 10 villes mondiales les plus à risques au sujet des inondations. La ville a déjà prévu un plan de construction de digues pour se protéger. Pas étonnant pour la Venise de l’Asie. Certains détestent ces artères urbaines qui diffusent une hémorragie de véhicules dans la cité, pas moi. Je n’ai pas dis pas que j’accepterais un bétonnage identique au dessus de la rue Lafayette à Paris pour qu’enfin le bus 26 puisse circuler.

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Le roi surveille ses fourmis

Niveau 1, le trottoir et les voitures, niveau 2 un espace piétonnier au dessus des pots d’échappement pour respirer l’air propre peut-être, niveau 3 autoroute réservé aux véhicules qui traversent sans s’arrêter, niveau 4 le métro. Le trafic est dense, bruyant mais discipliné et fluide, le roi surveille ses sujets, il est présent partout. Dans ce flot de véhicules de tous les genres, un drôle d’engin pas du tout fonctionnel et pratique se démarque : les tuk tuks de Bangkok. Ils sont et font Bangkok qui sans eux ne serait plus tout à fait la même. Comme les blacks cabs de London, beaucoup de villes s’identifient avec leurs taxis. Pas Paris, pourquoi ? Les derniers tuk tuks sont équipés de moteurs moins polluants et bruyants et ont pris de l’embonpoint. Ce ne sont pas ces quelques centimètres supplémentaires qui les empêchent de se faufiler dans les étroites ruelles en zigzaguant entre les cantines ambulantes. En Asie, les gens mangent à toute heure, toute la journée sur les trottoirs des cuisinières étalent leurs gamelles fumantes et pendent la volaille cuite. Elles servent devant, derrière, il faut aller vite, le client aspire sa portion de nouille sans descendre du scooter. Le repas terminé, rien n’est jeté sur la chaussée, Bangkok est propre. 

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Toute cette modernité géométrique n’a pas effacé le Bangkok des voyageurs au royaume du Siam. Ils restent des quartiers aux ruelles étroites avec des vieilles maisons rudimentaires ou vivent plusieurs générations sous le même toit. Des touristes râleront devant ce pittoresque dévoré par le moderne, alors que d’autres trouveront sympathique de prendre un petit repas dans une échoppe faisant front au bétonnage. Chaque décennie une cité se rhabille en prenant la précaution de ne pas changer brusquement. Une personne décédée en 1900 retrouverait facilement la Seine à Paris, la tour Eiffel l’aidera. A Bangkok, ce n’est pas compliqué non plus de retrouver le palais royal, prenez la ligne de transport fluviale, Bangkok river, entre les baraques et les grandes banques lorsque vous apercevrez des toits brillants de couleurs, ce sera le palais. Je n’y suis pas allé, ce n’est pas mon Bangkok. 

 

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Bangkok river, le palais et pas le palais

 

L'album sur flick: 

 

Bangkok

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