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Un becak diesel                        Le jardinier en livraison

 Le type s’agite convulsivement sur son becak lorsque je m’avance vers lui. C’est ainsi qu’il m’avertit qu’il ne me comprend pas, mais il est prêt à m’emporter quand même comme passager sans connaitre de destination. Un becak  est un rickshaw ou une petite moto remplace le vélo, un taxi à trois roues avec un guidon. Des hauteurs de l’Himalaya aux rizières de Sumatra ils sont des millions a pétaradé sur les routes d’Asie avec des noms différents. Je suis épaté par leur endurance. Les engins plient sous la charge, se hissent comme une vieille mule sur de fortes pentes, servent de ramassage scolaire et apportent les marchandises aux villages reculés dans les rizières. Pour l’instant  aucune crainte d’Uber, pas encore leur créneau.

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Cheminée d'usine                                      Un étranger, on s'en occupe. 

Un étranger à Dumai ce n’est pas souvent, il faut s’en occuper. Il a repairé mon appareil photo et en déduit que je visite la ville, il me propose un tour de Dumai en décrivant avec son bras un cercle et mime la prise de photos. Pas idiot, transformer son becak en bus city-tours comme ceux qui  transportent sur une plate forme les chasseurs de monuments et architectures rares dans les villes où se pratique le safari urbain. De l’opéra Garnier aux temples de Bangkok leurs trophées orneront les murs digitaux. Cependant je doute que Dumai abrite ce genre de gibiers. Le plus remarquable dans cette ville ne se voit pas, c’est l’odeur répandue dans l’atmosphère par les cheminées de  la raffinerie du port. Dumai n’est ni moche ni belle, sans prétentions elle sait bien que personne ne s’arrête ici pour l’admirer. Moi ? Juste une connexion, arrivé ce matin en bateau je dois trouver le bus vers Parapat qui me mènera au lac Toba à Sumatra.  Finalement il a compris et m’emmène au terminal de bus. Je partirai demain soir, un trajet nocturne qui s’annonce difficile.

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 Le bus very bad                                       Becak sport avec aileron stabilisateur 

Difficile, pire : Horrible. 520 km en 18h, 12 de nuit. Des que je suis monté dans le bus une puanteur de gas-oil s’est engouffré dans mes narines pour remplir mes poumons, l’information transmise au cerveau le fit réagir rapidement : nausées. L’insoutenable odeur du carburant prend  le dessus sur celle de l’usine à laquelle je commençais à m’habituer. La route ? De nuit je n’ai rien vu par contre  j’ai senti les secousses, les virages, les dérapages, les branches des arbres heurtant  violemment les vitres. Au lever du jour, presque évanouie, le paysage se révèle à mes yeux «  mais c’est la Suisse ». Peu à peu j’ai repris mes esprits et compris que ces champs verts était du riz, qui ne pousse pas dans les montagnes helvètes, alors  je me suis souvenu que je faisais route vers le lac de Toba et non Léman. Les autres passagers m’ont soutenu, m’ont  proposé des œufs, du poulet avec du riz, ces relents de friture me nouèrent l’estomac. Le voyage n’est pas fini, je dois encore m’entasser pendant deux heures dans un mini bus jusqu’à Parapat et alors seulement le bateau sur le lac.  

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Le voici ce Toba à tous les superlatifs décrits dans les blogs de voyageur. Le soleil brille, l’eau est couleur de l’eau, le ciel laisse découvrir son bleu ciel entre de gros nuages blanc, montagnes verts sombre. C’est dit, j’ai fait le job, sans vouloir ébrécher un mythe la planète recèle de paysages identiques. 

Après la nuit gas-oil, cet air me ravigote un peu, le bateau accoste, je me traine au premier hôtel de Tuk Tuk.  Une curiosité géographique comme seul les cartes savent le dessiner, avec peut-être les taches du test de Rorschach. Ne dites pas lors d’un test « ceci me rappelle le lac Toba ». C’est un village sur une petite presqu’ile  rattachée à une autre presqu’ile ovale, Samosir,  de 120 km de circonférence elle-même située au centre du lac à 900 m d’altitude dans un cratère. Les hauteurs du volcan ceinturent et retiennent toute cette eau avec un sommet culminant à 2200m.  Un anneau d’eau très profond,  jusqu’à 500 m, le plus grand lac d’Asie.  Je ne vais pas vous le dessiner, les photos satellites sont là pour ça.

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L’indonésie est un pays d’îles, chacune à son histoire. Sumatra est vaste et peu peuplée. Au bord du  lac Toba vit le peuple Bataks sur leur terre ancestrale. C’est une exception, ils sont chrétiens. A Dumai, j’ai vu des minarets et des clochers, dans ces terres uniquement des églises, les mosquées ont disparues. Ce sont les hollandais qui implantèrent  le  culte protestant, au 18eme siècle. Est-ce la croyance chrétienne qui stoppa le cannibalisme qui effrayait  les explorateurs de Sumatra.  Les Bataks étaient belliqueux et n’arrêtaient de se battre entre eux. Le perdant pouvait finir en repas.

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J’aime les forces de la nature, qui dit volcan dit eaux chaudes. J’ai loué un scooter pour respirer l’odeur de souffre à une cinquantaine de kilomètres de ma base Tuk Tuk.  Comme elles sont situées à la moitie de la circonférence de Samosir  j’ai préféré faire le tour plutôt que de revenir en arrière. Je corrige ma première remarque et avoue que traverser des rizières enclavés dans les ravins ou les gens se relèvent et vous saluent en agitant les bras, c’est fun. Quand ce paysan agrippé à un motoculteur m’a vu béquillé mon engin, ôter mes chaussures et descendre dans la boue pour le photographier, il s’est dit que je n’étais pas tout à fait un touriste comme les autres.

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Un paysan batak                                    Tombe pour aller au ciel, certain. 

Les Bataks enterrent les morts dans leurs terres, il y a des tombes partout, elles rajoutent des touches de couleur dans le vert dominant. Certaines sont très originales comme la fusée qui emporte au ciel de la famille Hariandjia.  Le hasard des rencontres a mis à ma table au diner du soir un suisse marié à une Batak, cela fait 25 ans qu’il cultive du thé et café. Quand j’évoque ces tombes, il me raconte qu’il a la sienne et me fait rire en s’expliquant « En Europe tu ne peux pas être enterré dans ta terre et tu dois payer le cimetière ».

 

 

Sumatra Parapat Toba

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