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  Sarawak, trois syllabes qui chatouillent les oreilles, elles sonnent épicées, les mots ont du goût. Justement c’est celui d’un  poivre d’appellation contrôlé bien connu des gourmets. Je l’ignorais. Par contre  je sais que c’est un état de Malaisie. J’en ai déduit que ce devait être là que se cultive cette épice, facile. Ce sont des mots comme ça lus sur les cartes qui m’ont donnés  l’envie d’aller les voir, grâce a eux j’ai voyagé bien avant les aéroports. Sarawak, l’île de Bornéo, c’est loin quand on est gamin. Mais adulte, si vous passez à Singapour c’est a moins de 50 euros en low-coast.  

Sous les ailes de l’avion le plancher nuageux, très opaque, laisse entrevoir dans les déchirures du ciel un bout de forêt ou zigzagent  des cours d’eau.  Quelques secousses et virages sur l’aile plus tard nous sommes sur le sol de Bornéo. Il est 14h, la luminosité est faible, presque nocturne. La pluie durera trois jours, pas de chance ? Au contraire, je suis à 100% dans les pages d’un roman de Joseph Conrad, il pleut souvent dans les histoires de voyageur. Kuching n’est pas un endroit très fréquentés par les touristes, les bateaux de croisière n’y font pas escale et pendant la mousson vous n’y croiserez pas grand monde.

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Le lendemain, inconscient peut-être, idiot certainement, je décide d’aller au parc national malgré une météo peu encourageante. Le début du trajet se passe en bus, depuis l’intérieur la fraicheur de la climatisation et  le ruissellement de l’eau sur la vitre donnent l’impression d’un automne français. A la descente du bus  les 30°, la pluie tiède, et un air lourd d’humidité tombent sur les épaules, ce n’est pas novembre en Lorraine.  Je suis pourtant habitué et à chaque fois surpris. Pour des raisons de sécurité il faut s’inscrire au guichet. Cette formalités accomplie 5 passagers montent dans une petite embarcation qui descend la rivière jusqu’au parc situé au bout d’une bande de terre s’avançant en mer de Chine. Il tombe des cordes, la rivière est marron, le ciel noir, la forêt sombre, je reçois tellement de flotte dans le visage que je sens lorsque nous sommes en eau salée. La barque cogne, bascule dangereusement, ma voisine anglaise s’agrippe à mon bras. On n’y voit plus rien. Le pilote se méfie et fait attention au sens des vagues pour présenter le bon coté à l’ondulation. Je ne suis pas trop rassuré mais que faire. Le capitaine nous avertit qu’il  ne pourra pas aborder le quai, nous devons sauter sur la plage.   

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 100% fun                                                             100% trempé ! 

Avec mes compagnons canadiens et anglais nous entrons au pas de course dans la jungle pensant nous mettre à l’abri sous l’immense parapluie ouverts par la cime touffue des grands arbres. Raté ! Toute cette flotte retenue dans les feuillages dégouline, les branches ne peuvent plus retenir autant de masse liquide. Appareil photo et autres accessoires électronique bug dans cette humidité, il vaut mieux les mettre bien à l’abri, trop tard mon canon m’en peut plus. Cette douche dans la jungle de Bornéo fût amusante,  100% fun me fait signe Gabriel, le french canadien. La photo est floue, ce fût  la dernière avant la panne.

J’y suis revenu un jour sans pluie, un autre paysage. Je voulais revoir les singes, ils ne s’étaient pas beaucoup montrés sous la pluie. Deux espèces différentes vivent ici, les macaques à longues queue, chapardeurs, espiègles,  quand ils vous regardent vous comprenez que vous êtes sur leur territoire de chasse.

Espèce de macaque !

Une injure dans la bouche du capitaine le plus célèbre du monde : Haddock. Plus craintif, plus élégants aussi, les  langurs argentés ne cherchent pas le contact avec l’homme. J’ai attendu sur la plage et finalement ils se sont abreuvé dans le filet d’eau ou s’écoulent toute l’eau tombée depuis des jours. Dans un autre parc j’ai eu la chance d’observer un centre de réadaptation à la vie sauvage pour des orangs outangs, menacés nos coussins ont besoin de notre aide.

 

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Après la forêt, retour en ville. Kuching n’est pas une jungle urbaine, seulement 350 000 habitants dispersés sur une large superficie. C’est une ville calme, tranquille, une provinciale qui s’étale le long de la rivière Sarawak qui la coupe en deux parties inégales. Un unique pont suspendu permet aux piétons de passer sur l’autre rive, mais une fois de l’autre coté il faut faire demi-tour car le chemin butte contre la zone inaccessible du palais et du parlement. Il n‘est pas vilain ce bâtiment, tout rond avec un gros parapluie pointu. Ici, comme dans toute la péninsule  plusieurs communautés vivent ensemble. Les malais musulmans, les chinois bouddhiste ou taoïste, les indiens hindouistes, chacun son temple, chacun sa cuisine.

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Kuching et kucing, deux mots presque identique, en malais kucing c’est le chat. Voilà pourquoi on trouve cet animal au milieu de deux ronds-points du centre ville. Ils méritaient mieux. Dans la ronde des bagnoles, ils posent avec les touristes qui font leur selfie souvenir. Les artistes de la bombe se sont emparé de ce thème et ont réalisés quelques street art avec de drôle de minets. Sur des coins de murs et dans un bâtiment abandonné j’ai croisé quelques œuvres mieux réussies. Cela fait plusieurs jours que je me promène ici, les gens me paraissent calme et doux, je ne croise que des sourires, des hello et welcome sympathiques.     

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M’y voila au Sarawak, même Corto Maltèse n’est jamais passé ici. Un autre marin y tenta l’aventure, il réussit à 100%. Un anglais des Indes né à Bénarès, James Brooke amarra son bateau à Kuching en 1840. Il était venu donner un coup de main à son copain Omar Ali Saif-Udin,  le sultan de Brunei empêtré dans un conflit avec les locaux. Il y parvient, le sultan le nommera « raja », une sorte de vice roi. C’est l’unique cas de rajas blancs. La famille Brooke assurera la régence jusqu’en 1946 date ou Vyner Brooke céda le Sarawak à la couronne, anglaise bien sur. En 1963 il devient un état de la Malaisie, qui produit un bon poivre, le blanc pour les volailles, le noir pour la cote de bœuf.

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Et pour compléter les albums : 

Kuching Sarawak

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Chat de Kuching

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